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Ségur de la santé : ce que ça a changé pour vous (pas seulement pour les soignants)

Par SALMA
Ségur de la santé : ce que ça a changé pour vous (pas seulement pour les soignants)

Vous avez attendu six heures aux urgences pour une douleur thoracique. Ou vous avez mis quatre mois à obtenir un rendez-vous chez un cardiologue. Ou vous avez vu le médecin de votre enfant partir à la retraite sans successeur dans votre commune. Et pendant ce temps, vous avez entendu parler du Ségur de la santé, de milliards investis, de soignants mieux payés. Vous vous êtes peut-être demandé : mais ça change quoi pour moi ?

Le Ségur de la santé est une réforme majeure du système hospitalier français, négociée en 2020 dans le sillage de la crise sanitaire. Ses effets se font sentir progressivement, et pas toujours là où les patients les attendent en premier.

Ce qu’était le Ségur et ce qu’il visait

La crise du Covid-19 a mis en lumière ce que les professionnels de santé dénonçaient depuis des années : des salaires parmi les plus bas d’Europe pour les soignants hospitaliers, un manque de lits et d’équipements, une tarification à l’acte (T2A) qui favorisait la quantité sur la qualité, et un secteur médico-social (EHPAD notamment) chroniquement sous-financé.

Le Ségur de la santé a été lancé en mai 2020, deux mois après le début de la première vague, avec un objectif déclaré : transformer durablement le système de santé français. Les négociations ont abouti à un accord signé le 13 juillet 2020, avec un engagement total de 19 milliards d’euros.

Ces 19 milliards se répartissent en deux grandes masses. La première, 8,2 milliards d’euros par an, est consacrée à la revalorisation des salaires des professionnels de santé hospitaliers et médico-sociaux. La deuxième, environ 6 milliards d’euros d’investissements sur dix ans, est destinée aux infrastructures, aux équipements et au numérique en santé. Ce sont ces deux volets qui ont des effets très différents sur les soignants et sur les patients.

Ce qui a changé pour les soignants : les chiffres réels

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La mesure la plus visible et la plus connue du Ségur est l’augmentation salariale de 183 euros nets par mois accordée à environ 1,5 million de professionnels du secteur hospitalier et médico-social public. Concrètement, un infirmier débutant à l’hôpital public percevait environ 1 400 à 1 500 euros nets avant le Ségur. Après, environ 1 600 à 1 700 euros nets. Une aide-soignante débutante passait d’environ 1 300 à 1 500 euros nets.

Cette augmentation, appelée CTI (complément de traitement indiciaire), apparaît sur les fiches de paie comme une ligne séparée. Elle est permanente, pas une prime ponctuelle. Elle a également permis le reclassement de certaines catégories professionnelles : les aides-soignants sont ainsi passés de la catégorie C à la catégorie B de la fonction publique hospitalière, avec des perspectives de carrière et de retraite améliorées.

Les médecins hospitaliers, eux, ont reçu une revalorisation de leur indemnité de service public exclusif, c’est-à-dire la prime versée aux médecins qui s’engagent à travailler uniquement à l’hôpital public sans dépassements d’honoraires. Cette enveloppe de 450 millions d’euros visait à rendre l’hôpital public plus attractif face au libéral.

Ce que cette revalorisation a produit : une baisse perceptible du turn-over dans certains établissements, une légère amélioration de l’attractivité des postes hospitaliers sur les premières années. Ce qu’elle n’a pas résolu : les déserts médicaux, le sous-effectif chronique dans certaines spécialités, ni la question de la pénibilité du travail.

Ce qui a changé pour les patients, et ce qui n’a pas encore changé

C’est la question que peu d’articles sur le Ségur posent directement, et c’est pourtant celle qui vous concerne le plus en tant que patient.

Les lits « à la demande » et la capacité hospitalière

Le Ségur a financé l’ouverture ou la réouverture de 4 000 lits dits « à la demande », c’est-à-dire des lits pouvant être activés en fonction des besoins, notamment lors des pics d’épidémie. Cette mesure visait à corriger la réduction continue des lits hospitaliers qui avait précédé la crise. En pratique, l’ouverture effective de ces lits dépend de la disponibilité du personnel soignant pour les faire fonctionner, ce qui en limite l’impact réel quand le manque de personnels reste aigu.

Le numérique en santé

Le Ségur a également financé la digitalisation du système de santé : dossier médical partagé (DMP), Mon espace santé, interopérabilité des logiciels médicaux. Ces investissements sont concrets et leur effet se ressent progressivement dans la coordination des soins. Si vous avez un médecin traitant et un spécialiste qui peuvent maintenant accéder à vos mêmes comptes rendus sans que vous ayez à tout transporter sur papier, c’est en partie grâce à ces investissements.

La sortie du « tout T2A »

L’un des changements structurels les plus importants du Ségur, mais aussi le plus lent à produire des effets visibles, est l’orientation vers une réduction de la tarification à l’acte. Le modèle T2A rémunérait les hôpitaux uniquement en fonction des actes réalisés, ce qui créait des incitations à produire du volume au détriment de la qualité. Le Ségur a engagé une transition vers des financements plus mixtes, intégrant des critères de qualité des soins, de prise en charge de pathologies chroniques et de prévention. Cette transition est progressive et se mesure sur des années.

Les déserts médicaux et l’accès aux soins non programmés

C’est le point où le Ségur a le moins progressé par rapport aux attentes des patients. L’accès aux soins non programmés (consultations sans rendez-vous pour des problèmes aigus) reste difficile dans beaucoup de territoires, les délais d’attente chez les spécialistes restent longs dans de nombreuses régions, et les fermetures de services aux urgences n’ont pas été stoppées.

Mesure du SégurEffet sur les soignantsEffet sur les patientsDélai de perception
Revalorisation salariale +183€/moisDirect, immédiatIndirect (attractivité des métiers)Immédiat pour les soignants, progressif pour les patients
Reclassement en catégorie BAmélioration des carrièresIndirect (fidélisation des personnels)Moyen terme
4 000 lits « à la demande »Charge de travailAccès aux soins en période de pointeVariable selon les régions
Investissements numériques (DMP, Mon espace santé)Meilleure coordinationDossier médical partagé, moins de papierEn cours, progressif
Réforme de la T2AMoins de pression quantitativeMeilleure qualité des soins théoriqueLong terme
Lutte contre le mercenariat de l’intérim médicalStabilité des équipesContinuité des soinsPartiel, en cours

Ce que le Ségur ne résout pas (et qui concerne directement les patients)

Il est honnête de le dire : le Ségur de la santé a produit des avancées réelles, mais il n’a pas résolu les tensions structurelles les plus visibles pour les patients.

La désertification médicale, le recours croissant à l’intérim médical malgré les restrictions engagées, les délais d’attente dans les spécialités surchargées et la saturation chronique des urgences sont des problèmes qui précèdent le Ségur de plusieurs décennies et qui nécessitent des transformations plus profondes que des revalorisations salariales.

Ce que j’observe de façon constante autour de moi et dans les conversations avec les personnes qui suivent Salma Santé : beaucoup de Français ont développé des stratégies parallèles d’accès aux soins qui ne dépendent pas de l’hôpital public. Le recours aux consultations privées, aux médecins en secteur 3, aux soins à l’étranger pour les actes programmés coûteux, ou aux médecines complémentaires pour éviter des délais d’attente longs sont des réponses individuelles à une offre de soins qui reste tendue dans de nombreux territoires. Si vous envisagez un soin programmé à l’étranger, notre article sur comment obtenir un devis médical pour soins en Turquie vous donne les repères pour le faire de façon éclairée et sécurisée.

Le Ségur de la santé est un investissement réel dans un système sous pression. Il est né d’une crise et cherche à prévenir la suivante. Ce que personne ne peut prédire avec certitude, c’est si les moyens investis seront suffisants face à des défis démographiques, technologiques et épidémiologiques qui s’accélèrent.

FAQ

Qui a été exclu des revalorisations du Ségur de la santé et pourquoi ?

L’un des principaux points de tension du Ségur a été l’exclusion initiale des personnels de certains secteurs médico-sociaux non hospitaliers : travailleurs sociaux, personnels des maisons d’enfants à caractère social, des centres d’hébergement, de certains services à domicile. Ces exclusions ont généré des conflits syndicaux qui ont conduit à des extensions partielles de la revalorisation en 2021 et 2022, sous le nom de « Ségur élargi ». Mais certaines catégories restent exclues ou partiellement couvertes selon leur employeur.

Le Ségur a-t-il des effets sur les cliniques privées ?

Oui, partiellement. Les établissements privés à but non lucratif (ESPIC) ont été inclus dans le Ségur dès le départ. Les cliniques privées à but lucratif ont bénéficié d’une enveloppe distincte, négociée séparément avec la Fédération de l’Hospitalisation Privée, aboutissant à une revalorisation de 160 euros nets par mois pour les personnels soignants non médicaux. Le montant est légèrement inférieur à celui du secteur public, mais la mesure couvre également environ 160 000 professionnels du secteur.

La prime Ségur est-elle prise en compte pour le calcul de la retraite ?

Le complément de traitement indiciaire (CTI) est intégré au traitement brut des agents de la fonction publique hospitalière et entre dans le calcul de la retraite pour les fonctionnaires titulaires. Pour les contractuels, les modalités dépendent du régime de retraite applicable. Ce point est important pour les soignants qui comparent le public et le privé sur le long terme, car l’impact sur la retraite peut différer significativement.

Le Ségur a-t-il permis d’ouvrir de nouveaux services hospitaliers ou seulement de maintenir l’existant ?

Les 19 milliards comprennent des investissements dans la rénovation et la construction d’établissements, l’achat d’équipements et le numérique. Mais les créations nettes de services ou d’établissements restent limitées. L’objectif prioritaire était de stabiliser l’existant et d’améliorer les conditions dans les structures déjà en place plutôt que d’étendre significativement la capacité totale du système.

Y a-t-il eu un Ségur de la santé pour les médecins libéraux et les professionnels de ville ?

Les médecins libéraux ne sont pas directement concernés par le Ségur, qui ciblait les établissements hospitaliers et médico-sociaux. En revanche, des négociations conventionnelles distinctes entre l’Assurance Maladie et les syndicats de médecins libéraux ont eu lieu parallèlement, avec des revalorisations des tarifs de consultation à 26,50 euros puis 30 euros pour le médecin traitant. Ces évolutions ne font pas partie du Ségur proprement dit mais répondent aux mêmes préoccupations d’attractivité et d’accès aux soins.