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Bienfaits des racines de moringa : la partie de la plante que les fabricants n’utilisent pas (et pour cause)

Par SALMA
Bienfaits des racines de moringa : la partie de la plante que les fabricants n’utilisent pas (et pour cause)

Vous avez votre poudre de feuilles de moringa sur l’étagère. Vous lisez que « toute la plante est utile » et que les racines étaient utilisées en médecine traditionnelle depuis des millénaires. Vous vous demandez si vous pouvez en trouver, ou si les racines auraient davantage de propriétés que les feuilles que vous utilisez déjà. C’est une question légitime, et la réponse est à la fois oui et non — mais surtout, elle demande plus de nuance que ce que la plupart des articles sur le moringa vous donneront.

Les bienfaits des racines de moringa sont réels, documentés dans plusieurs traditions médicales africaines et ayurvédiques. Mais ces racines concentrent aussi des molécules actives à des niveaux qui exigent une vigilance sérieuse. C’est précisément pourquoi les fabricants de compléments alimentaires commercialisent quasi exclusivement les feuilles : elles sont nutritives, sûres à grande échelle, et n’exposent pas à des risques réglementaires ou sanitaires.

Ce que les racines contiennent que les feuilles n’ont pas

L’arbre moringa (Moringa oleifera) concentre ses différents principes actifs de façon inégale selon les parties. Les feuilles sont riches en vitamines, minéraux, acides aminés et isothiocyanates. Les racines, elles, ont un profil chimique différent et nettement plus concentré en certains composés spécifiques.

La moringine est l’alcaloïde le plus caractéristique des racines de moringa. Absente ou présente en traces infimes dans les feuilles, elle est concentrée dans l’écorce et la racine. C’est elle qui donne aux racines leur saveur âcre et piquante rappelant le raifort, et c’est elle qui est responsable à la fois de leurs propriétés médicinales les plus intéressantes et de leur toxicité potentielle.

La moringine a des propriétés antibactériennes et antiparasitaires documentées. Elle agit comme un vermifuge naturel, c’est-à-dire qu’elle peut aider à éliminer certains parasites intestinaux. Dans les traditions médicales d’Afrique de l’Est et d’Éthiopie notamment, les racines de moringa étaient utilisées pour traiter les parasitoses intestinales, la malaria, et les entérites inflammatoires. En Inde, l’usage ayurvédique des racines de moringa mentionne des propriétés diurétiques, stimulantes digestives et utérotoniques.

Ce dernier point est capital : l’effet utérotonique signifie que les racines peuvent provoquer des contractions utérines. C’est l’une des raisons pour lesquelles les racines de moringa sont explicitement contre-indiquées pendant la grossesse, contrairement aux feuilles qui sont généralement tolérées à dose alimentaire.

Les racines contiennent également des glucosinolates en concentration plus élevée que les feuilles, des composés soufrés qui se convertissent en isothiocyanates lors de la digestion. Ces molécules ont une activité antimicrobienne et anticancéreuse documentée in vitro, mais leur concentration dans les racines dépasse ce qui est considéré comme sûr en usage prolongé sans encadrement.

Ce qu’elles traitent dans la tradition : être précis plutôt qu’enthousiaste

Trois usages traditionnels des bienfaits des racines de moringa se distinguent par leur cohérence à travers plusieurs traditions médicales.

Les infections et parasitoses digestives

C’est l’usage le mieux documenté historiquement. La moringine agit sur les bactéries gram-positives et gram-négatives, et son action antiparasitaire est reconnue dans les pharmacopées africaines. La décoction d’écorce de racine, préparée en petite quantité et consommée sur de courtes périodes, est la forme traditionnellement utilisée pour les diarrhées infectieuses, les gastro-entérites bactériennes et certaines parasitoses intestinales légères.

La durée est ici un facteur crucial. Un usage ponctuel de quelques jours sur une affection précise est très différent d’une consommation quotidienne continue. Les tradipraticiens qui utilisaient ces racines n’en faisaient pas une cure de bien-être permanente : c’était un remède ciblé, utilisé sur un problème précis et arrêté dès résolution.

L’inflammation articulaire et les douleurs rhumatismales

L’usage topique des racines de moringa est moins connu mais intéressant : en cataplasme ou en huile infusée, l’écorce de racine écrasée et mélangée à une huile végétale neutre était appliquée sur les articulations douloureuses. Les glucosinolates et la moringine ont une activité anti-inflammatoire locale qui peut soulager les rhumatismes légers, les contractures et certaines douleurs articulaires chroniques.

C’est un usage qui ne pose pas les mêmes problèmes de sécurité que l’ingestion, parce que l’absorption transcutanée des principes actifs est nettement plus faible et plus lente. Pour quelqu’un qui cherche un complément naturel aux douleurs articulaires légères, cet usage topique des racines de moringa mérite considération, dans les limites d’une application sur peau saine et non blessée.

La stimulation de la lactation

C’est un usage courant en Éthiopie et dans certaines régions d’Afrique subsaharienne. La confusion avec les feuilles, dont l’effet galactagogue est bien documenté, rend cette information difficile à démêler. Ce qu’il faut savoir : si les feuilles soutiennent la lactation de façon documentée et bien tolérée, les racines sont à éviter en post-partum immédiat et pendant l’allaitement en raison de leur concentration en alcaloïdes. La confusion entre les deux parties de la plante dans certains usages traditionnels a pu générer des effets secondaires qui ont contribué à la prudence médicale actuelle sur cette plante.

Pourquoi ce qui est vrai à petite dose pose problème à grande dose ?

Le principe de la fenêtre thérapeutique s’applique particulièrement bien aux racines de moringa. La moringine à faible concentration est antibactérienne et anti-inflammatoire. À concentration élevée, elle est neurotoxique et peut provoquer des paralysies musculaires. Les cas de toxicité documentés dans la littérature médicale concernent presque exclusivement des préparations concentrées de racines ou d’écorce consommées en grande quantité ou sur de longues périodes.

Cette réalité explique aussi la différence de positionnement entre les usages traditionnels africains et asiatiques (où les racines sont utilisées de façon précise, ciblée et temporaire) et les tentations marketing de « tout le moringa est bon pour tout ». Ce ne sont pas les mêmes objets, ni les mêmes logiques d’usage.

Partie du moringaConcentration en alcaloïdesUsage privilégiéSécurité en usage courant
Feuilles fraîchesTrès faibleNutrition, poudre alimentaireExcellente à dose alimentaire
Feuilles séchées / poudreFaibleComplémentation nutritionnelleBonne à dose recommandée
GrainesModéréePurification de l’eau, huileBonne si décortiquées
FleursFaibleInfusion, cuisineExcellente
Écorce de tigeModéréeUsage médicinal traditionnelÀ encadrer
Racines (écorce)ÉlevéeUsage médicinal ciblé et courtRéservé à usage médical encadré

Ce tableau illustre quelque chose que les articles généralistes sur le moringa n’expliquent pas assez : « le moringa » n’est pas un ingrédient homogène. Chaque partie de la plante a son propre profil, ses propres indications et ses propres limites.

Si vous souhaitez comprendre comment cette logique d’utilisation différenciée des parties de la plante structure l’ensemble de la pharmacopée africaine, notre article sur la pharmacopée africaine et ses plantes aux vertus thérapeutiques explique ces nuances avec d’autres exemples précis.

Les bienfaits des racines de moringa existent, mais ils s’exercent dans un cadre très différent de celui de la poudre de feuilles que vous mettez dans votre smoothie. Connaître cette distinction, c’est déjà être un utilisateur de plantes plus avisé.

FAQ

Peut-on acheter des racines de moringa en France ?

Elles sont disponibles dans certaines épiceries africaines ou asiatiques et sur quelques sites spécialisés en plantes médicinales africaines. Les racines séchées ou l’écorce de racine séchée sont les formes les plus courantes. Soyez vigilant sur l’étiquetage : un produit étiqueté simplement « racine de moringa » sans indication de la concentration ou du mode d’utilisation recommandé ne vous donne pas les informations nécessaires pour un usage raisonné. Préférez les fournisseurs qui fournissent des indications claires et qui distinguent les usages de chaque partie de la plante.

Les racines de moringa peuvent-elles aider contre la malaria ?

L’usage traditionnel des racines de moringa contre le paludisme est documenté en Éthiopie et dans d’autres régions d’Afrique de l’Est. Cet usage repose sur les propriétés antimicrobiennes de la moringine, qui peut inhiber le parasite Plasmodium in vitro. Cependant, la malaria est une maladie mortelle sans traitement médical adapté. Les racines de moringa ne constituent en aucun cas un traitement de substitution à l’antipaludéen prescrit. En revanche, elles peuvent s’inscrire dans une approche complémentaire dans des régions où l’accès aux traitements est limité, toujours en association avec les soins médicaux disponibles.

L’huile extraite des racines de moringa est-elle différente de l’huile de graines ?

Oui, substantiellement. L’huile commerciale de moringa est extraite des graines et est très différente dans sa composition : riche en acide oléique, en vitamine E, avec d’excellentes propriétés hydratantes et une grande stabilité. C’est une huile cosmétique de qualité. L’huile infusée de racines (racines macérées dans une huile végétale neutre) est une préparation médicinale traditionnelle à usage topique, avec une composition et des indications radicalement différentes. Les confondre serait une erreur d’usage importante.

Les racines de moringa peuvent-elles être utilisées pour les douleurs menstruelles ?

C’est un usage mentionné dans certains contextes traditionnels, en lien avec les propriétés antispasmodiques et anti-inflammatoires de la moringine. Cependant, l’effet utérotonique des racines (qui stimule les contractions utérines) est à double tranchant : il peut potentiellement réduire les crampes dans certains cas, mais il peut aussi les intensifier ou provoquer des saignements plus importants selon les profils. Ce n’est pas un usage que je recommande sans avis d’un professionnel de santé, précisément parce que le même mécanisme peut produire des effets opposés selon les individus.

Combien de temps peut-on conserver des racines de moringa séchées ?

Les racines séchées correctement, à l’abri de l’humidité et de la lumière dans un contenant hermétique, se conservent généralement douze à dix-huit mois sans dégradation significative de leurs principes actifs. La chaleur accélère la dégradation des alcaloïdes et des glucosinolates : évitez donc de les stocker à proximité d’une cuisinière ou dans un véhicule. Un signe de mauvaise conservation est l’absence totale d’odeur piquante caractéristique, qui indiquerait une perte importante des composés volatils actifs.